L’âme libre des mots

Ecrire & lire … Des pensées qui prennent vie !

Extraits de « Bouts d’essais » de Sylvie Devy

La pression d’être ou de paraître

La pression d’être ou de paraître, c’est le stress quotidien ressenti par chacun de nous dû au simple fait d’être en vie. Il a mille visages, mille sources et d’énormes conséquences. Il nous incite parfois à être un autre, à faire le contraire de ce qu’il nous plairait de faire, il nous fait tomber malade, il nous épuise, nous rattache à la terre, nous contraint, nous ronge, nous fait vieillir plus vite…. Il nous consumme, entrave notre bien-être, sabote notre épanouissement. Il nous tue !

Ce stress est partout. Dès le matin, il se présente frais et dispo sous les sonneries crispantes du réveil qui nous rappelle à l’ordre : Lève-toi, marche ! Sois à l’heure à ton travail ! Oublie que tu as encore terriblement sommeil ! C’est la première négation de soi-même de la journée et ça fait déjà mal.

Ensuite, vient la partie physique du stress : s’hydrater, se farder, se coiffer, être musclé sans faire une once de sport, avoir l’air en forme même si bébé a amputé votre nuit de quelques heures de repos précieuses ou que votre amant vous a trouvé très appétissante, trop appétissante malgré l’heure tardive…

Le stress qui suit est pire encore car il parle de son aspect psychologique. C’est le stress du combattant, de celui qui doit faire face à ses propres peurs, à ses plus intimes inquiétudes. C’est la personne avec sa panoplie de manque de confiance en soi qui fait tout pour le cacher,  pour l’oublier, pour la détruire. C’est la personne toujours pressée qui n’a le temps de rien, qui se rend malade avec des objectifs toujours plus élevés, toujours plus inaccessibles, une personne qui ne prend plus le temps de s’écouter, de prendre soin d’elle, de s’ennuyer ou simplement de vivre.

Et c’est parti pour une demi-existence, pour les sourires de façade, les blagues qui dérident les collègues, le travail irréprochable, l’attention aux clients alors que rien ne va dans votre vie, que vous pleurez intérieurement, que vous souffrez. La pression est alors à son comble car vous n’êtes plus vous-même mais personne ne le remarque. De la pression à la dépression il n’y alors qu’un pas à faire et quelquefois vous sombrez.

Oui, la vie n’est pas facile tous les jours mais ce n’est pas grave, vous continuez de prendre sur vous, d’être fort alors que vous ne vous êtes jamais senti aussi vulnérable, d’être gentil alors que vous avez envie d’envoyer promener tout le monde, d’être patient alors que vous bouillonnez, de garder le cap et votre morale au lieu de tout casser, de tout abandonner, de tout braver, de garder les pieds sur terre alors que vous ne rêvez que d’évasion,… Vous brigueriez une auréole que vous ne vous y prendriez pas autrement… Mais vous oubliez qu’on ne peut s’oublier aussi complètement. Bientôt la nature reprendra ses droits sur vous, vous infligera plus d’épreuves, plus de tracas, vous obligera à accomplir d’autres prouesses, d’autres exploits, vous poussera à faire de plus grands efforts et finira par vous briser à moins que vous ne décidiez de vous réconcilier avec vous-même.

N’entendez-vous pas votre âme crier : « Je n’en peux plus que tu me renies, que tu me délaisses ?! Reviens à moi ! Lâche-prise !

Mais vous avez à coeur de ne décevoir personne et Dieu vous regarde peut-être… Alors vous avancez, tête baissée, en bon petit soldat. Vous êtes battant et parvenez à repousser les limites de vos propres limites, vous saignez en silence, vous faites taire vos peurs, vous jugulez votre peine, vous ravalez les mots qui brûlent d’être livrés, vous restez en équilibre quand tout vous pousse à tomber. Chapeau ! Mais combien de kilos avez-vous perdu ? Combien de mois, d’années ? Combien de rides avez-vous gagné ? Combien de bonheurs avez-vous laissé s’échapper ? Est-ce que ça en valait la peine ?

Le poids des mots

Le poids des mots ne dépend pas du nombre de lettres qui les compose. Heureusement ! Je serais ennuyée de devoir trouver de l’importance à « anticonstitutionnellement » ou à « multiconfessionnelle ». Ce n’est pas non plus la quantité de lettres qui fait les gros mots ! Faites l’inventaire…

En fait, le poids des mots varie et chacun y trouvera son plaisir ou son désagrément. L’impact d’un mot peut être très puissant et peut faire des ravages. Un vrai cataclysme intérieur pour qui le reçoit, une vraie libération pour celui qui le délivre. Tout est dans le sens et le ton. Le sens est la base du mot, le ton : son habillage. Le ton est souvent plus violent que le sens et même s’il peut parfois embellir un mot, il peut aussi le gâcher, le salir, l’emporter plus loin que la pensée ou encore l’aiguiser voire même le déformer…

On ne peut donc pas jouer avec impunément. Gare aux manipulateurs, aux bonimenteurs, aux hypocrites, aux langues de vipères, aux imbéciles !

Pour ceux qui, comme moi, sont sensibles au vocabulaire, au rythme des phrases, à la mélodie des textes, difficile de ne pas être marqués. Leitmotiv tenace, source de plaisir illimité, exutoire efficace, acte de foi, les mots dispensent leur parfum ou leur poison dans le coeur même des amoureux des lettres.

Quant au langage familier qui se répand partout, de la télévision jusque dans nos foyers, qu’en penser ?

Comment apprécier « je te kiffe » quand on a connu « je t’aime » ? Comment apprécier « Diam’s » quand on a connu « Verlaine » ?

Est-ce être bourgeois que d’aimer les verbes tendres, les mots doux et les compléments assortis ? Le français est riche et le voir souvent réduit à sa plus basique expression me désespère. Entre grossièretés et phrases minimales uniformisées, il y a de quoi s’inquiéter pour notre idiome !

Pourquoi cet appauvrissement généralisé du langage ? Est-ce une mode, un  symbole d’opposition à une certaine élite, un signe d’appartenance à un même groupe, un laisser-aller à la facilité ?

Qu’importe, arrêtons le carnage et redorons notre langue avec fierté et obstination ! Pas besoin de mots compliqués, il s’agit juste de faire un effort de réapprentissage et de mémoire.

Quand on connaît l’influence que peut exercer la magie des beaux mots et des belles lettres, comme ils nous transportent, nous font rêver, nous touchent… Comment ne pas s’alarmer de la dose de négativité et d’agressivité que déversent sur nous et en nous, gros mots et autres expressions de charretier ?

Ils m’écorchent et m’ébranlent. Je les refuse la plupart du temps même si je n’échappe pas complètement à leur emprise. Trop de complaisance, trop d’échos.

Pur gâchis.

Devrais-je ajouter un mot sur les nouveaux messages courts qui envahissent nos portables et nos esprits ? Bienheureux, les accrocs à la phonétique syllabique ! Pour les autres, c’est un calvaire ! Incompréhension assurée, agacement et frustration.

Dans ce monde où tout va plus vite, aller à l’essentiel devient un objectif permanent. Mais à quel prix ? Au prix de la perte du sens et de la nuance, au prix d’une simplification systématique, d’une sorte de misère verbale ?

Je ne m’en remets pas !

Amis des mots, s’il vous plaît, à vos plumes !

Le sourire à deux balles (et preuve que le langage familier laisse bien ses empreintes partout !)

Quand vous avez un sourire à deux balles, cela ne signifie pas qu’il ne vaut rien du tout. Il vaut ce que vaut un sourire, ni plus ni moins. Toutefois, ce sourire à deux balles ne peut prendre sa pleine mesure, ni donner des effets extrêmes car, étant différent des autres, il se distingue par son action contradictoire… Exemples : il rassure mais pas complètement, il fait rire… mais jaune, il provoque des fous-rires… mais nous poussent aux larmes, il est attentionné mais vous rend pitoyable, il veut vous donner du courage mais vous fait sentir lâche… et j’en passe.

Parmi les sourires à deux balles, il y a : le sourire qui a égaré quelques habitants émaillés, le sourire en biais qui ne sait quel camp choisir, celui qui se force à être poli ou celui que l’on offre avec l’envie d’être payé. Il y a aussi surtout celui qui soutient l’exact contraire de ce que le reste de votre visage avance. Discordance frappante, hypocrisie sans rigueur, pauvre comédie…

D’autres sourires encore seront taxés du complément « à deux balles : les sourires hollywoodiens à la pointe de la blancheur et de la régularité, ou ceux des filles des publicités pour les dentifrices. Leurs dents sont si bien maquillées et éclairées que leurs sourires vous éclaboussent d’un éclat surnaturel, faisant sans doute ressurgir nos vieux complexes… mais ne nous y trompons pas, rares sont les sourires parfaits, plus nombreux sont les sourires refaits et surfaits ! Merci « Botox », « émail diamant » et bicarbonate !

Il reste enfin le sourire « même pas à deux balles », celui qui n’a plus de lèvres ou plus de dents ou celui qu’arborait fièrement Jacquouille la fripouille dont le pourrissement dentaire laissait au bord d’une drôle de nausée ; ou bien encore le sourire aux dents tordues, plus serrées que les sardines dans leur conserve de métal… Lèvres scellées à jamais cachant une irrégularité extravagante, un positionnement dentaire anarchique qu’aucun appareillage n’a pu sauver ! Celui-ci gâche tout un visage et déforme toute belle intention. Il provoque le dégoût ou l’horreur, l’hilarité ou la raillerie. Il vous prive même d’une part de vous-même en vous empêchant parfois d’aller au bout de votre joie, au bout de votre gentillesse. Il vous empêcherait presque d’être vous-même le bougre ! Il vous contraint, vous oblige, vous pousse au rictus figés, aux éclats de rires intérieurs, à la façade définitivement crispée ! Sale gosse des photos de famille, récurrente apparence d’expressivité limitée, régulière lippe forcée, arc de gaieté avorté…Zut ! Qu’on nous donne un dentier et qu’on n’en parle plus !

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